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Mercredi 1 mars 2006

Avec La Tentation de l'innocence, Pascal Bruckner fait un portrait sans complaisance de l'évolution contemporaine des moeurs et des mentatités où sont pointés du doigt deux travers grandissants : l'infantilisme et la victimisation. 

La liberté et l'égalité, en induisant pour tous une même légitimité à la réussite et à l'accès aux places de choix, placent les individus en état de confrontation et de compétition. Comment supporter les sentiments d'écrasement et de frustration qui en découlent? Comment échapper à la lourde responsabilité de son destin que la liberté permet?  

La "disneylandisation" qui adoucit, arrondit les contours et met en place une intermédiation ouatée dans le rapport de l'individu à son environnement va de pair avec le consumérisme effréné, promesse d'une félicité perpétuellement renaissante. La prime enfance devient la figure refuge idéale, celle d'un état d'innocence protégé, riche de tous les possibles. A l'enfant-roi répond "l'adulescent", cet éternel adolescent qui refuse le passage à la maturité et qui cultive sa singularité comme valeur suprême. Pas question pour lui de renoncer à sa prétention à la toute puissance et à l'hégémonie. A l'instar du caprice de l'enfant, l'individu contrarié, frustré, devient l'individu victime, voire l'individu martyr.

La Tentation de l'innocence est un essai passionnant. Personne n'est épargné dans la lorgnette de Pascal Bruckner. L'infantilisme et la victimisation avec leur corollaire de déresponsabilisation ne vont pas sans soulever d'importantes questions, notamment sur la citoyenneté et la démocratie. Quel est l'avenir d'une société qui érige en fonctionnement systématique le renoncement au renoncement et le refus de la maturité?

 
Par JPh
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Lundi 13 mars 2006
  L'esprit de famille est la première partie d'une saga familiale qui constitue néanmoins un roman à part entière qui peut se lire seul. L'histoire s'articule autour de Pauline, la narratrice, qui raconte sa famille, sa mère, son père médecin, ses soeurs surtout : Cécile la cadette, 12 ans, excentrique, intelligente et peste, Bernadette, la garçonne passionnée d'équitation, et Claire, la rêveuse. On partage les préoccupations et les émotions de Pauline et de ses soeurs à ce moment de la vie où se font les découvertes essentielles, où se vivent aussi les premières épreuves à surmonter, les premiers chocs, la mort, l'amour...

L'esprit de famille est un roman rempli de fraîcheur et de poésie. Mais derrière cette légèreté, qui pour les plus blasés pourra passer pour de la mièvrerie, Janine Boissard s'attache au fond, à travers Pauline, à décrire des relations peu conventionnelles. On est tellement aujourd'hui confrontés,
dans la littérature ou les médias, à des propos d'apparence provocante ou sulfureuse qui ne cachent au fond que du très politiquement correct, que j'ai trouvé ce petit roman bien sympathique.
Par Jean-Philippe
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